GENERATION 60


Au cours des  années 1960, le cinéma français, à l’image d’une société en plein changement, connaît un bouleversement, un rajeunissement sans précédent à tous les niveaux. Pour désigner ce phénomène exceptionnel, le grand historien et critique de cinéma Georges Sadoul forge alors l’expression restée fameuse de « Génération 60 ». Dans cette perspective, nous accueillerons le cinéaste Jean-Pierre Mocky, auteur d’une œuvre foisonnante (pas moins de 10 films  entre  1959  et 1969). Son humour grinçant  lui fait imaginer des situations extravagantes où évolue une galerie de personnages excentriques. Ses films – polars, comédies ou  récits fantastiques – puisent néanmoins dans l’actualité contemporaine.


Dans un style drolatique et satirique assez proche, La Fiancée du pirate, film féministe atypique, sera présenté par sa réalisatrice, la cinéaste Nelly Kaplan. L’écrivain Florence Delay, membre de l’Académie française, évoquera son très beau rôle dans le Procès de Jeanne d’Arc(1962) de Robert Bresson. Une petite place sera laissée à La Nouvelle Vague, avec le film de Jean-Luc Godard, Deux ou trois choses que je sais d’elle, en présence de l’actrice Marina Vlady. Enfin, deux rencontres sont prévues avec Marcel Bluwal, un des meilleurs réalisateurs des grandes heures du petit écran, autour de Les Aventures de Vidocq (1967), et Dom Juan ou le festin de Pierre (1965). 

Le cloître de la bibliothèque Saint-Corneille accueillera une exposition sur le roman populaire, ainsi que les « rencontres ciné-histoire », notamment avec les écrivains Didier Blonde et Patrick Pécherot. Ces manifestations permettront justement de faire le lien entre la littérature, le cinéma et la télévision durant les années 1960. Deux journées de formation (9 et 10 novembre) sur ces problématiques seront aussi organisées pour les enseignants du secondaire, avec la délégation académique à l’action culturelle du rectorat d’Amiens (DAAC).

Laurent Mannoni de la Cinémathèque française présentera un spectacle de lanterne magique dans l’écrin du Théâtre impérial le vendredi 13 novembre en soirée : Le Fantôme de Robinson Crusoé. La lanterne magique, apparue au XVIIe siècle, est une machine d’optique qui a permis pour la première fois de projeter des images peintes sur un écran, fixes ou animées, représentant des fantômes, des voyages, des portraits, des illusions et visions oniriques… Cette séance extraordinaire proposée par la Cinémathèque française ressuscitera cet art perdu, grâce à une triple lanterne originale et des plaques de verre mécanisées. Robinson Crusoé, héros populaire si l’en est (le livre de Daniel Foe fut le premier roman-feuilleton publié dans la presse quotidienne à bon marché en 1719), nous contera son périple. On évoquera le diable, on s’amusera aussi, le tout au son de la harpe.

Dans un autre registre, avec le Mémorial de l’internement et de la déportation, nous organisons le 7 novembre une soirée « Robert Desnos et le cinéma », dans le cadre de la commémoration des 70 ans de la mort du poète à Theresienstadt, après être passé par les camps de concentration nazis d’Auschwitz, Buchenwald et Flossenbürg. Par le biais d’une conférence illustrée d’images et de lectures de Philippe Müller et Vincent Vernillat de la compagnie PMVV le grain de sable, Carole Aurouet se proposera d’éclairer la relation passionnelle et fructueuse que Robert Desnos a entretenue avec le cinéma. La conférence sera suivie de deux projections présentées par Jacques Fraenkel, ayant-droit du poète : L’Étoile de mer réalisé en 1928 par Man Ray, à partir d’un poème de Desnos, et La belle saison est proche de Jean Barral, documentaire poétique tourné en 1959. La soirée donnera ensuite à entendre les trois textes écrits par Robert Desnos au printemps 1944 au camp de Royallieu d’où il a été déporté : « Sol de Compiègne », « Chanson de route » et « Printemps ».

Enfin, nous clôturerons l’édition 2015 par la projection du Roi de cœur (1966) de Philippe de Broca – célèbre réalisateur de comédies d’aventures et de films à grand spectacle reconnu également comme un véritable auteur – d’après un scénario original de l’écrivain Daniel Boulanger, décédé en octobre 2014, dont les archives ont été récemment versées à la bibliothèque Saint-Corneille et auquel le Festival du film de Compiègne rendra tout particulièrement hommage l’an prochain.


Laurent Véray


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